De l’idée à Edolnhia
récit d’une création

L’origine : quand l’histoire s’impose
Quand j’écris, je ne cherche pas une histoire. Elle s’impose.
Je ne pars jamais en chasse d’un sujet ou d’un concept. Je raconte simplement ce qui doit être raconté, comme si je n’étais qu’un relais. Depuis toujours, j’ai cette sensation étrange d’être moins une romancière qu’une passeuse. Une sorte de reporter qui suit des êtres dans leur aventure et qui retranscrit ce qu’ils vivent.
Ce sentiment ne date pas d’hier. Je l’ai toujours eu en moi.
Pour Edolnhia, c’est dans l’enfance que j’ai entendu cet appel silencieux, son appel. Celui d’un menhir, dans une commune où il trônait comme une présence ancienne et stable : le menhir de la Peyrelounque. Une mémoire sans mots, mais insistante. Comme si quelque chose là-bas me regardait déjà écrire sans papier, voyager dans des mondes que seule moi connaissais par le biais de mon esprit.

Les fondations : rendre le monde habitable
Je ne sais pas faire simple. Mais ça, ce n’est plus un secret pour vous.
Deux ou trois personnages ne suffisent jamais. Chaque être que je crée doit exister pleinement, avec ses nuances, ses contradictions, sa densité. Alors très vite, j’ai eu besoin de les structurer.
Des fiches. Beaucoup de fiches. Dans un bel écrin que j’ai confectionné à l’appel d’Edolnhia.
Des cartes d’identité, des sortes de dossiers complets : passé, personnalité, fonctionnement, parfois même comme un CV ou un dossier médical. Une manière de faire écho à notre propre réalité, pour ne rien perdre de leur essence.
Et avec eux, le monde a commencé à s’ouvrir.
Histoire, géographie, météorologie, peuples, faune, flore, minéraux… tout est passé sous le scalpel du worldbuilding, sous mon scalpel. Pas pour tout contrôler, mais pour éviter les incohérences. Pour ne jamais trahir ce qui vit déjà là.
Et surtout, pour enfin me sentir chez moi.
Pas un pied dans le réel, un pied dans l’imaginaire. Mais entièrement de l’autre côté.

Le worldbuilding : donner une ossature au vivant
Edolnhia devait être un one-shot. Il en était ainsi, pas autrement.
Une histoire unique, accessible sans bagage, sans avoir besoin d’entrer dans une trilogie. Mais très vite, une évidence s’est imposée : un monde comme celui-là ne pouvait pas tout dire en une seule voix. Il a fallu faire des choix.
Alors je me suis recentrée sur l’histoire qui devait être racontée ici.
Celle d’Edolnhia.
Le parcours d’Aïka, une jeune femme persuadée de connaître son monde, sans imaginer une seule seconde tout ce qu’il dissimule. Les secrets qu’on lui a cachés. À elle, mais aussi à tout son peuple.
Je mentirai si je disais que je ne ressens pas l’appel d’une autre histoire à raconter. Mais chaque histoire arrive au moment opportun.
🌿 Si le worldbuilding t’intéresse, j’ai également écrit un article consacré à ma manière de construire un univers fantasy et de garder une cohérence dans sa création :
[Créer un univers de fantasy]

L’écriture : une urgence qui ne tolère pas l’attente
Pour écrire, j’ai besoin d’être allégée de tout.
Pas seulement des contraintes extérieures, mais aussi du mental. Quand j’écris, je ne peux pas me permettre d’être dispersée ou d’être en souffrance.
Et quand ça commence, ça ne s’arrête pas.
Un chapitre entamé doit être terminé. Pas demain. Pas plus tard. Aujourd’hui.
Le lendemain, je relis le chapitre précédent avant d’écrire le suivant. Pour vérifier. Pour m’assurer que tout est dit. Et bien dit.
Parfois, le plus difficile n’est pas d’écrire, c’est de savoir où se termine un chapitre, et où un autre doit naître.

Le financement : rendre le rêve concret
Étant en auto-édition, tout repose sur moi.
Pas de fonds de départ. Juste mes moyens, mes choix, et mes risques.
Mais au fond, investir dans mes livres n’a jamais été nouveau. Cette fois-ci, simplement, les enjeux étaient plus grands.
J’ai vendu une console, des jeux… et j’en ai encore si besoin d’aider le projet. J’ai débloqué ce qu’il fallait pour avancer.
Je ne voulais pas de campagne participative.
L’idée même me mettait mal à l’aise. Trop d’attente, trop de pression, trop de peur de ne pas atteindre des paliers. J’ai préféré les précommandes.
Mais les livres sont arrivés plus tôt que prévu et j’ai dû avancer les frais d’impression.
Tout était calculé. Sauf les imprévus.
Et c’est peut-être ça, le plus stressant : l’argent, toujours l’argent, et ce qu’il fait peser sur la création.

Les collaborations : la guilde des Mains Enchantées
Je n’étais pas seule.
J’ai toujours été entourée de mes compagnons de route habituels, fiables, professionnels, bref : parfaits. Mais pour Edolnhia, j’ai dû élargir la guilde.
Je voulais une police d’écriture spécifique. J’ai donc contacté quelqu’un. Ce fut un fiasco. Une demande qui se transformait sans cesse en augmentation de budget, loin de ce que j’avais initialement demandé.
Alors j’ai changé de mercenaire.
Et cette fois, la rencontre a été évidente.
Elle a compris immédiatement et elle m’a proposé quelque chose de bien plus juste, presque évident.
Pour les relectures aussi, je n’ai jamais avancé seule. Dès le tome 1 d’Alécanthia, je faisais appel à des regards extérieurs. Edolnhia n’a pas échappé à cette règle.
Et certains retours ont tout changé.
Une scène en particulier ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans cette lecture extérieure.

Faire exister Edolnhia hors du livre
Je ne peux pas “juste écrire une histoire”.
Elle doit exister ailleurs.
Alors j’ai commencé à créer des objets. Une maquette. Des accessoires. Une tenue pensée comme une extension du monde. J’ai aussi fait appel à des artisans pour donner forme à ce que je ne pouvais pas fabriquer seule.
Pour les précommandes, et même pour la sortie, j’ai voulu offrir des fragments d’univers.
- Des lettres mystérieuses à décoder.
- Des objets immersifs.
- Des traces d’un monde qui déborde du papier.
Et je me suis surprise à aimer ça autant que l’écriture elle-même.

L’aboutissement : la naissance d’un livre
Et puis la date est arrivée.
Sans prévenir.
Comme un glissement.
Neuf mois après les premiers mots écrits, Edolnhia est né.
Je ne réalise toujours pas complètement.
Il y a cette sensation étrange de voir un projet devenir réel, tangible, alors qu’il n’existait que dans ma tête quelques mois plus tôt.
Et surtout, une fierté simple : celle d’avoir porté ce projet seule… tout en étant entourée d’une équipe exceptionnelle.

Et après Edolnhia
Après Edolnhia, il y a du recul.
Une meilleure compréhension de ce que coûte vraiment un livre, pas seulement en argent, mais en énergie, en imprévus, en choix.
Je sais désormais où sont les pièges.
Je sais sur qui compter.
Et je sais surtout que j’aurai besoin de plus de marge au départ pour les prochains projets.
Je continuerai aussi à aller vers les lecteurs autrement : salons, médiathèques, lieux où la rencontre se fait sans frais cachés.
Mais une chose ne change pas.
J’écris à ma façon. À mon rythme. Avec tout mon cœur.

Aujourd’hui, Edolnhia a quitté les terres silencieuses de mon esprit pour rejoindre les vôtres.
Et quelque part, je crois que l’aventure commence seulement maintenant.✨🌿
S.Owl
